
"A l'entrée de ce pont terrible, ils mettent pied à terre. Ils voient l'onde félonesse rapide et bruyante, noire et épaisse, aussi laide et épouvantable que si ce fût fleuve du diable. Et si périlleuse et profonde qu'il n'est nulle créature au monde, si elle y tombait, qui ne soit perdue comme en la mer salée. Le pont qui la traverse n'est pareil à nul autre pont qui fut ni qui jamais sera. Non, jamais on ne trouvera si mauvais pont, si male planche. D'un épée fourbie et blanche, était fait le pont sur l'eau froide. L'épée était forte et roide et avait deux lances de long. sur chaque rive était un tronc où l'épée était clofichée. Nulle crainte qu'elle se brise ou ploie. Et pourtant, il ne semble pas qu'elle puisse grand faix porter. Ce qui déconforterait les deux compagnons, c'est qu'ils croyaient voir deux lions ou deux léopards à chaque tête de pont, enchaînés à une grosse pierre.
[...]
Il se tenait bien sur l'épée qui était plus tranchante qu'une faux, les mains nues et les pieds déchaux, car il n'avait laissé aux pieds souliers, ni chausses, ni avan-piés. Mais il aimait mieux se meurtrit que choir du pont et se noyer dans l'eau dont il ne pourrait sortir. A grand douleur, comme il convient, il passe outre, et en grand détresse, mains, genoux et pieds il blesse. Mais l'apaise et le guérit Amour qui le conduit et mène. Tout ce qu'il souffre est doux. Des mains, des pieds et des genoux, il fait tant qu'il parvient de l'autre côté. Alors il se souvient des deux lions qu'il croyait avoir vus quand il était sur l'autre rive. Il regarde tout autour de lui. N'y avait pas même une lézard qui pût donner à craindre. Il met sa main devant sa face, regarde son anneau et ne trouve aucun des deux lions qu'il croyait pourtant avoir vus. Il pense être déçu par un enchantement, car il n'y avait rien là qui vive."
Chrétien de Troyes, Lancelot, le chevalier à la charrette
Source texte : Histoire antique et médiévale, Hors série n°27
Source image : [link]
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Il se tenait bien sur l'épée qui était plus tranchante qu'une faux, les mains nues et les pieds déchaux, car il n'avait laissé aux pieds souliers, ni chausses, ni avan-piés. Mais il aimait mieux se meurtrit que choir du pont et se noyer dans l'eau dont il ne pourrait sortir. A grand douleur, comme il convient, il passe outre, et en grand détresse, mains, genoux et pieds il blesse. Mais l'apaise et le guérit Amour qui le conduit et mène. Tout ce qu'il souffre est doux. Des mains, des pieds et des genoux, il fait tant qu'il parvient de l'autre côté. Alors il se souvient des deux lions qu'il croyait avoir vus quand il était sur l'autre rive. Il regarde tout autour de lui. N'y avait pas même une lézard qui pût donner à craindre. Il met sa main devant sa face, regarde son anneau et ne trouve aucun des deux lions qu'il croyait pourtant avoir vus. Il pense être déçu par un enchantement, car il n'y avait rien là qui vive."
Chrétien de Troyes, Lancelot, le chevalier à la charrette
Source texte : Histoire antique et médiévale, Hors série n°27
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L'histoire perso en version rapide : après avoir visité le Château d'Ecouen et le Musée Cluny, après donc avoir vu 2 expos sur les épées, j'ai acheté la revue qui va avec et je suis tombée sur ce texte. J'ai été choquée par le style et finalement je me suis bien amusée à lire cet extrait !
Pour la peine je vous mets une photo de moi au Château d'Ecouen.
Pour la peine je vous mets une photo de moi au Château d'Ecouen.


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